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 Nothin' stays the same, oh but everyones to blame ▬ August

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MessageSujet: Nothin' stays the same, oh but everyones to blame ▬ August   Mar 28 Juin - 21:01


Juin 2016 - Poste de police du Queens, bureau d’Erika

Que de temps passé. Que de temps passé depuis l’anniversaire d’August. Une date comme une autre sans doute. Pourtant.. n’était-elle pas plus symbolique ? Sans doute un peu. Elle avait marqué le début d’une autre vie pour Erika. Et tandis qu’elle se tenait là, assise le dos au fond de son fauteuil, faisant face à son bureau, ses dossiers, ses enquêtes, elle repensait au début de cette nouvelle vie.
Il avait d’abord été question de la photo d’un tiroir vide chez elle. Puis de décisions. Simples. La modeste flic du Bronx avait troqué son appartement trois pièces mal isolé contre un luxueux duplex de Manhattan. Elle avait emménagé chez August avec plus de facilité qu’elle ne s’en serait crue capable. Sans doute parce qu’ils n’avaient jamais réellement installé de quotidien. Fidèles à eux-mêmes. Ils se croisaient, prenaient parfois un repas ensemble, ne dormaient en revanche que très rarement séparés mais le reste de leur temps s’était meublé de boulot, de rendez-vous à l’étranger pour l’avocat et de soirées et week-ends prolongés au poste pour Erika. A peine surprenant lorsqu’on les connaissait. Il était encore moins curieux de se rendre compte que tous deux se satisfaisaient de la situation tant que l’autre n’en abordait le sujet. Ils vivaient heureux, lucides sans doute de leur comportement d’autruche mais Erika n’avait pas la force nécessaire pour confronter l’avocat. Elle ne doutait pas non plus qu’August soit confronté parfois à ce qu’elle ressentait de temps à autre. Cette impression de ne pas savoir où aller. Construire quelque chose ? Qu’est-ce que cela pouvait bien pouvoir dire ? Devaient-ils absolument rentrer dans une case ? Une norme ? Pour la première fois de sa vie depuis une paire d’années, elle était heureuse. Pourquoi vouloir bouleverser cet équilibre qu’ils semblaient enfin avoir trouvé ? Pourquoi penser que le ciel s’assombrirait nécessairement ? Le soleil brillait …

Pourtant un doute s’installa quelques jours plus tard.
Ténu. Fait avant tout d’un constat simple.. et pourtant résistant. Comme n’importe qui face à un éventuel changement, Erika fit d’abord mine de nier. Elle minimisa, rationnalisa, songea que cela devait être dans sa tête… Pourtant les signes ne trompaient pas. Forte néanmoins de sa volonté de fer, elle rejeta l’idée. A quoi bon se morigéner avec des pensées absurdes qui ne feraient que la tourmenter au milieu de son boulot, de son couple et de sa vie ? A quoi bon ?
Le doute persista dans un coin de sa tête. Se faisant discret lorsqu’elle était en poste, il grandissait à mesure que les ombres du soir s’allongeaient avant de se faire à nouveau petit à l’approche de l’aube. Elle tint plusieurs jours sans en parler à l’avocat, dissimulant sa nervosité sous une fatigue chronique, sa tension sous des problèmes au boulot. S’il n’y vit pas que du feu, August se garda néanmoins de l’interroger. Il était meilleur qu’elle pour ne pas poser de questions mais ils excellaient à l’identique dans l’art de ne pas aborder les sujets. Ils ne se parlèrent pas et les jours passèrent encore.

Il lui fallut néanmoins une confirmation. Pour lever le voile, dissiper ce doute, apaiser son esprit sur la question ; parce qu’elle était flic et que jamais elle ne pourrait se fier à des supputations. Il lui fallait la preuve, la certitude que tout ceci n’était qu’une mauvaise mascarade dans laquelle l’avocat et elle ne s’engageaient pas sans s’en rendre compte. Elle quitta donc le poste plus tôt, opérant un détour sur son trajet habituel pour surprendre son destin, provoquer le sort plutôt que d’en être son vulgaire pantin.

Arrivée à destination elle se rendit compte qu’elle ne se sentait pas plus angoissée qu’effrayée, elle était déterminée à tordre le cou à cette question, rétablir la paix et la vérité dans son esprit comme dans sa vie. Elle déposa silencieusement ses affaires dans l’appartement, écoutant le calme, guettant les bruits qui signeraient la présence de l’avocat ou de toute autre personne. Seul le ronronnement du frigidaire lui répondit. Assurée d’être seule pour une durée encore indéterminée, Erika songea qu’elle devait opérer rapidement. Grimpant à l’étage, elle jeta un rapide coup d’œil au lit avant de prendre résolument la direction de la salle de bains dans laquelle elle s’enferma.

La suite, elle eut du mal à s’en rappeler.

* * *

Elle avait l’impression d’être restée assise des heures lorsque la porte de l’entrée annonça le retour de l’avocat. Le dos appuyé contre la baignoire, ses jambes repliées contre elle, ses mains enserrant sa tête, se mêlant à ses cheveux, Erika réagit à peine au son de la voix l’appelant. Son corps entier lui paraissait figé, glacé. Son esprit, d’une lenteur assommante. Son regard se posait, hagard sur la salle de bains et ce qui l’entourait. Elle ne se souvenait même plus s’être assise par terre. Etait-elle tombée ? Avait-elle glissé ? D’où lui venait cette léthargie exaspérante ?

Elle avait les réponses à toutes ces questions. Elle avait toutes les réponses à présent. Et sa réaction était.. une absence de réaction en fait. Elle se sentait sonnée. Comme si quelqu’un avait soudain abattu une massue monumentale sur son existence et qu’elle en ressentait encore dans toutes les fibres de son être la résonnance. Hurler n’y aurait rien changé, pas plus que pleurer.  Qu’allait-elle bien pouvoir faire ? Elle qui était passée maître dans l’art de ne jamais être surprise, elle qui contrôlait toujours tout, maître de son destin, capitaine de son âme. Qu’allait-elle devenir maintenant qu’elle savait, que sa bulle éclatait? Elle laissa sa tête retomber sur ses genoux, enfouissant ses doigts dans ses longs cheveux, agrippant sa nuque avec force.

Pourquoi. Pourquoi. Pourquoi.
Ils étaient si … Elle ne se résolut pas à terminer sa phrase.

Inspirant profondément, elle tâcha de rassembler ce qu’elle pouvait de volonté pour s’arracher à sa position et descendre rejoindre l’avocat qui réitérait son appel, certain de sa présence dans l’appartement. Comment allait-elle lui annoncer ? Quelle réaction pouvait-elle attendre ? Ne pouvait-elle lui cacher ce qu’elle savait ? Régler les choses à sa manière et ne jamais aborder le sujet ? L’idée était séduisante dans l’état de déperdition dans lequel elle se trouvait à cet instant mais.. où cela les mènerait-ils ? Si Erika restait Erika, qu’August restait August et que ni l’un ni l’autre n’apprenait à se faire confiance ; à quoi bon ? Dieu sait qu’elle appréhendait l’idée même de se poser pour lui en parler mais elle avait besoin de retrouver son équilibre et pour une fois, la première sans doute, elle allait essayer de placer sa confiance dans le couple qu’ils tentaient de former.

Elle descendit à pas lents l’escalier pour finalement approcher de l’avocat. Elle peinait à l’écouter, se concentrant sur les détails de son visage, de ses expressions, ses propres pensées s’accélérant, cherchant un scénario, une façon appropriée de démarrer cette conversation qu’ils ne pouvaient se permettre de ne pas avoir. Les battements de son cœur s’accélérèrent eux aussi, elle serra ses bras contre elle comme pour réprimer le frisson qui remontait le long de sa colonne. A nouveau glacée, elle réfléchissait, n’écoutait plus, le regardait avec un air qu’elle n’avait probablement jamais eu en face de lui. Quand sa respiration se coupa, l’empêchant de répondre à une question, elle devint brusquement d’une lividité effrayante, recula imperceptiblement et.. laissa exploser la bombe au milieu de la conversation.

August. Je suis enceinte. »

Elle le fixa ensuite.
Le désespoir dans le regard. Perdue.
Son corps.. ne lui appartenait plus.



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MessageSujet: Re: Nothin' stays the same, oh but everyones to blame ▬ August   Ven 1 Juil - 21:58


19h03 - NY - Tribunal Pénal

Je plonge mon regard dans le sien. Ses yeux clairs, presque transparents, reflètent parfaitement l'inutilité de sa personnalité. Vide. Creuse. futile. Je cherche à sonder une profondeur qui n'existe pas. J'aimerai pouvoir atteindre un rien de son humanité, venir frôler ses faiblesses, utiliser les blessures de sa vie. C'est fourbe, mais très efficace quand on sait s'y prendre en plaidoirie. Mais je ne vois rien. Rien qu'un juriste de théories, un beau parleur surtout doué dans ses rêves.
D'abord arrogant, presque joueur, j'ai fait mine de le laisser prendre les commandes et mener le débat. Attentif à chacun de ses arguments que j'avais soigneusement anticipé - aucune surprise de sa part - j'ai doucement et implicitement contrecarré ses remarques jusqu'à ce qu'il se contredise. Mais il n'admet pas. Pure perte de temps ! Il cherche à fuir une humiliation qui le couvre déjà. Faisant un pas de plus dans sa direction, je l'interpelle, remuant le couteau dans la plaie.

C'est le juge qui me demande de m'écarter. Ce que je fais, sans cacher la colère qui m’envahit. Je n'ai pas pour réputation de montrer mes émotions. Sauf que là aussi, c'est tactique. J'en sais assez sur lui, ses méthodes et son incompétence pour savoir que ma colère l'intimide. Il va faire des erreurs. Désormais, je n'ai qu'à le regarder glisser et être prêts à frapper pour m'assoir sur sa chute.
Ça ne prend pas longtemps. Il fini par se replier, insultant sa pauvre cliente et perdant tout ce qu'il lui avait garanti. Le jury rendra sa décision demain, mais je quitte le tribunal aussi hautain et satisfait que la plupart du temps.
J'ai fait mon job. Précis, efficace, intraitable.

" Maître ! Maître Lockhart, comment vous remercier ??! Je...j'oublierai jamais ! Toute ma vie va changer, je remettrai en question chacune de mes actions et ; "

" Il vous reste deux jours pour verser mes honoraires. Après ça, on risque de se recroiser dans un autre contexte juridique. Croyez-moi. "

Dis-je en affichant un sourire de salopard assumé. Qu'ils cessent tous de penser que j'agis par empathie ! Je défends mes clients et leurs intérêts, c'est mon boulot. Mais je le fais d'abord pour moi. Pas entièrement inhumain, il m'arrive de ressentir peine, pitié, compassion même. C'est rare, et certainement pas pour cet enfoiré. Je lui offre la plus petite condamnation parce que je suis doué, pas parce qu'il le mérite. Il en a conscience : c'est bien. L'inverse ne m'aurait fait ni chaud ni froid.

Je fais ronfler le moteur de la voiture et mes épaules se dénouent discrètement tandis que j'approche de l'appartement. Depuis nous, j'ai deux attitudes. Avec et sans Erika. Elle agit comme un rayon de soleil. Savoir que je m'en approche me motive, la deviner au loin me réchauffe déjà. Quand je la vois, je me sens juste vivant, et quand nous sommes enfin ensemble, je ne discerne plus le reste.
Pressé d'oublier ces procès glauques, je monte les marches quatre à quatre et ouvre la porte, ravi de savoir qu'elle est rentrée.

♣ ♣ ♣

" Bonsoir ! "

Je dépose ma mallette sur la table avant de défaire ma cravate et de retirer ma veste. Un coup d’œil dans le salon, j'oriente automatiquement mon visage vers l'escalier. Je n'entends pas la douche.

" Erika ? Je peux réserver  une table au Lattanzi Ristorante si tu veux. Hm ? "

Je souris en l'entendant s'approcher mais mon visage se décompose bien vite. Outre le fait que je commence à la connaitre par cœur - et malgré ses secrets - j'ai tendance à vite cerner les ressentis d'autrui. En fait, n'importe qui pourrait s'en rendre compte tant elle est pâle : il y a un problème. Un sérieux problème.
Mon premier réflexe est de m'approcher alors qu'elle referme sur elle ses bras, marquant une barrière surement inconsciente mais habituelle quand le soucis nous concerne... Je fronce les sourcils, inquiet.

" Eh, qu'est ce qu'il y a ? Viens t'assoir. Ça s'est mal passé aujourd'hui ? "

C'est une possibilité, connaissant son quotidien. Cependant Erika n'est pas le genre à se laisser submerger par les difficultés de son métier : ou plutôt, elle n'est pas le genre à le montrer. Bien assez sensible pour encaisser les conséquences de chaque affaire mais beaucoup trop professionnelle et solide pour en tomber malade... Il y a autre chose. Et c'est personnel.
J'angoisse avant même de savoir, torturé à l'idée qu'elle souffre, paniqué à l'idée de la faire souffrir davantage.
Ça s'est déjà passé trop souvent...

" Tu n'es pas blessée au moins ? "

Je pense seulement à m'assurer qu'aucun pansement, bandage ou autres soins n'a été attribué. Mais non. Erika est juste, absente ?
Quand elle a le courage de nous revenir, c'est la destruction.

▬ August. Je suis enceinte. »

Dans son regard, dans le mien, du fond de mon cœur jusqu'aux frissons qui parcourent mon échine, la sensation d'horreur, de dégoût, d'injustice qui m’envahit et cette douleur inexplicable qui tord mon âme : c'est le chaos.

"...non..."

Peinant à bouger, je secoue légèrement la tête et retire ma main de son bras. Des larmes remplissent mes yeux sans s'écouler, juste pour brouiller plus encore ma vision des choses. Cette annonce est inacceptable. Elle l'était avant d'exister : cette simple idée rôdait dans l'ombre et représentait une menace que l'on s'efforçait de nier.

" Tu...depuis quand ? "

Je la regarde à nouveau, en revanche je n'ose pas descendre mes yeux sur son ventre. Je m'interdis de me détourner de son visage par peur de constater ce qu'elle avance.

Il faut se contenir. Repousser tous ces démons, s'accrocher à notre histoire, notre amour. Ces conneries arrivent à tout le monde, tous les jours. Il suffit certainement d'agir comme monsieur tout le monde - en bon père de famille si vous m'autorisez l'expression - en étant attentif aux besoins d'Erika, en m'assurant avant tout qu'elle soit prise en charge si nécessaire.
L'enfer qui se trouve dans ma tête doit y rester.

" Tu souffres ? Je t'emmène à l'hôpital, tu veux ? Je... Merde. "

Je m'éloigne et mon corps entier se pare de contractions, de peine, de déni. C'est trop dur, je ne sais pas gérer, je ne peux pas mentir là dessus. Je fais les cent pas, revenant au salon pour repartir aussitôt. Je finis par m'immobiliser face au mur, le front posé avec rancœur et le regard brûlant de colère.
Comme si toutes les brides d'humanité que j'ai séquestré depuis mon enfance ressurgissaient. Je suis étouffé, et lâché dans le vide en même temps. La chute est infinie mais déjà douloureuse. J'ai peur, j'en veux à la Terre entière et l'attitude de celle que j'aime ajoute plus de craintes encore.

Sans savoir à qui la faute, sans vouloir forcément l'attribuer, je reçois la culpabilité en pleine gueule. Elle n'a pas de nom, de raison, pas même de sens. Elle est immense et insoutenable. Je m'écroule, impossible de faire autrement. Et les larmes coulent finalement, alors que mes jambes faiblissent.
Je ne veux plus bouger, je ne veux pas risquer de paraitre plus faible encore. En supposant qu'il soit possible de faire pire.

Je suis figé dans la surprise et la terreur, renvoyé dans un passé traumatisant, projeté dans un éventuel futur que je refuse ;


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MessageSujet: Re: Nothin' stays the same, oh but everyones to blame ▬ August   Sam 9 Juil - 18:18

Elle était enceinte. Elle. Erika.
Et ils savaient à présent. L’avocat questionnait, comme si répondre aux questions aurait permis d’effacer le vertige immense, le désespoir que ressentait à l’instant la jeune femme. Ils cherchaient à se raccrocher à quelque chose. Stopper cette chute libre dans laquelle Erika venait de les balancer de quelques mots. Elle ne sut quoi répondre, secouant lentement la tête. Sa respiration se heurtait, elle luttait contre la vague qui menaçait de la submerger tandis que l’avocat questionnait encore. L’hôpital ? Pour quoi faire ?! Elle n’y aurait mis les pieds que pour se faire arracher ce maudit organe concepteur auquel elle n’avait jamais trouvé d’utilité autre que de créer des problèmes. Et ils avaient un problème. Ils avaient ce … cette chose qui poussait dans son ventre, et la responsabilité de soudain devoir prendre une décision. Lourde de conséquences quoiqu’il arrive.

Décroisant ses bras, passant une main nerveuse dans ses cheveux, elle ne regarda pas August faire les cents pas très longtemps avant de céder à son tour, allant s’asseoir sur les marches de l’escalier, se prenant la tête dans les mains comme pour mieux se l’arracher. Elle serra les mâchoires. Comment en étaient-ils arrivés là ? Ils n’étaient guère prudents lorsqu’ils se laissaient emporter par le désir mais aucun des deux n’avaient jamais songé à cette éventualité ? Comment n’avaient-ils pas pu voir venir cette fatalité ? Et comment allaient-ils s’en dépêtrer à présent que le problème était à leur porte ? Ils ne pouvaient plus nier. Ne pouvaient pas plus se cacher. Ils ne pouvaient fuir.

Pour tout autre couple l’annonce aurait probablement été vent de beaucoup de bonheur, de larmes, de joie et d’impatience. Pour eux, elle était destructrice. Et s’il n’avait tenu qu’à elle, Erika aurait probablement réglé le problème tout de suite, sans même sourciller quant à la méthode, l’éthique, le qu’en-dira-t’on. Personne n’aurait su. Personne n’aurait vu.
Mais.. il y avait August. Et aussi repoussante soit l’idée de partager son corps avec un autre être, la flic ne pouvait nier ce que toute personne songe un jour ou l’autre en regardant sa progéniture d’un œil attendri ; elle avait une part de l’avocat en elle. Une part sur laquelle ne lui revenait aucun droit. Bien que ça soit son corps, son ventre, sa vie, son avenir … Elle peinait à se l’expliquer. C’était une question de respect vis-à-vis de l’avocat. Il avait droit au vote. Il avait le droit ne serait-ce que de savoir. Elle ne pouvait plus agir comme elle le faisait auparavant, elle le faisait même encore trop souvent, seule, indépendante, comme si rien ne les liait. Cette fois la question était trop sérieuse pour qu’August ne soit pas impliqué. Il s’agissait aussi de lui. Il s’agissait de leur..

Leur..

Elle étouffa sa pensée dans un sursaut de désespoir. Son regard luisant de larmes qu’elle ne se résolvait pas à verser. Pas tant que l’avocat absorbait encore l’onde de choc de sa déclaration. Elle le regardait en silence, le front appuyé sur son poing, la gorge nouée de ce qu’elle leur faisait endurer tandis qu’il s’effondrait face au mur. Ses pensées claquemurées au fond de son crâne, ne lui concédant pas même un regard, une réaction. Il implosait. Elle vit les épaules d’August se soulever dans un sanglot et laissa les larmes déborder dans ses yeux. Se sentant désespérément coupable de leur état. Elle ne parvenait pas à lutter contre ce sentiment, pas même quand la raison lui intimait de ne pas y chercher de responsable. Son avocat se disloquait, brisé, sous ses yeux et peut-être était-ce le fait de ne l’avoir jamais vu faiblir à ce point sous ses mots ; mais l’image la torturait. Elle détourna les yeux, pleurant en silence, maudissant la nature et les épreuves qu’elle leur imposait.

Elle ne parvenait pas à aller le chercher. Elle ne se voyait pas réduire cette distance entre eux, le prendre contre elle, le réconforter, lui dire que tout allait bien aller. Elle ne savait pas mentir à ce sujet. Elle n’avait jamais été confrontée à cette situation. Elle n’avait jamais vu l’avocat pleurer autant. Elle n’avait jamais été enceinte ! Que fallait-il dire, ou faire ?! Pourquoi n’y avait-il personne pour leur souffler la suite ? Les rassurer que tout allait bien se passer ? Pourquoi Erika se sentait-elle aussi livrée à elle-même que le jour où sa mère avait foutu le camp et qu’elle avait à peine 18 ans ? Leur assurance, leur maudite confiance en eux, leur arrogance, tout avait foutu le camp ici aussi. Ils étaient désespérés, sur cette falaise au bord de laquelle ils menaçaient de tomber. Quelle décision les attendait en bas sur les rochers contre lesquels ils s’écraseraient ? Quelle décision les sauverait ? Erika était perdue, figée sur cet escalier à regarder son avocat s’enfoncer lui aussi.

Au bout d’un moment, le silence l’effraya. Elle se sentit obligée de parler, de meubler, de leur rappeler qu’ils étaient deux. Son ton morne était factuel, tâchant de dissimuler la fêlure au sein de sa voix.

Je pouvais pas te cacher ça. Je l’ai appris juste là et je, je me voyais pas te mentir là-dessus. Mais… On est pas obligés de faire ça. On pourrait… Je sais pas. Qu’est-ce que tu veux faire ? »

Pitoyable. Elle se tut, soupira et enfonça un peu plus sa tête dans ses mains. Que quelqu’un leur vienne en aide, que le temps remonte, que la malchance ne tombe pas sur eux si vite, si tôt.. Elle aurait tout souhaité plutôt que rester assise là une seconde de plus, le cœur broyé par l’angoisse, décomposé par tous ces petits instants et grands moments qu’ils avaient partagés et qui, quoiqu’il advienne, étaient à présent terminés.



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MessageSujet: Re: Nothin' stays the same, oh but everyones to blame ▬ August   Mer 13 Juil - 7:54


J'attends, cherchant le vide total, l'absence de pensées. J'attends, je ressens les larmes sur mon visage, je devine leur chemin jusqu'à ce qu'elles quittent ma peau pour rejoindre le sol. Je récupère alors la caresse de la larme suivante.
Pas de sanglots, juste ces quelques larmes qui se retirent discrètement. La douleur est peut être trop grande pour me laisser la force de pleurer franchement. J'attends, j'entends. Les pulsations de mon cœur, ma respiration grave, la peine d'Erika.

Ma réaction aurait été différente si elle avait menti. Si elle faisait semblant. Mais c'est avec sincérité qu'elle accuse le coup elle aussi. Ses émotions sont palpables, bien qu'elle ait la délicatesse de vouloir les altérer. Je devine ses larmes, j'entends son souffle lourd et navré. Une culpabilité me ceinture et je devine la même chez elle. On a merdé. Nous sommes coupables de ce qu'il se passe et si je m'en veux évidemment pour elle, je perçois autre chose ;
Je m'en veux pour lui.
Cet être qui n'en est pas encore un. Non seulement nous devons subir son début d'existence et assumer les décisions à prendre, mais nous le contraignons à les endurer. Trop tard pour envisager de l'épargner, sa simple idée le plonge dans nos problèmes. Il en fait partie. La première sensation que je lui envoi n'est que chagrin, condamnation, traumatisme.

Un soupir de sa part, je reviens à mes larmes. Elles ont cessé de s'écouler. La plaie est loin d'être renfermée, j'ignore si une quelconque cicatrisation est possible, mais l'impact a été absorbé. Une première fois.
C'est à nous que je pense désormais, et la sentence tombe une seconde fois. Vague de frayeur, sueur froide, accélération du pouls.
Tout va s'écrouler sans que je ne puisse envisager une solution ? Je cherche un adversaire, quelqu'un à convaincre que je suis amoureux, que nos cœurs et nos âmes sont liés. Il me faut un ennemi pour pouvoir plaider notre cause !
Connerie.

▬ Je pouvais pas te cacher ça. Je l’ai appris juste là et je, je me voyais pas te mentir là-dessus. Mais… On est pas obligés de faire ça. On pourrait… Je sais pas. Qu’est-ce que tu veux faire ? »

Qu'est ce que je veux faire ? Mon corps se fige à nouveau. Voilà tout ce qui me parait efficace ou du moins tout ce qui semble pouvoir amortir le choc : s'immobiliser.
Je me retourne finalement, le regard froncé, rivé sur le sol, en glissant le revers de ma main sur mon visage pour lui retirer le masque de peine. Si possible.

" J'veux pas te perdre. "

C'est tout ce que je veux. Elle. Nous. Pour conserver ce que l'on a difficilement réussi à bâtir, pour protéger cette impression de couple et l'illusion de nos rêves, je ne me vois pas devenir différent...
J'ai changé pour elle. Je suis devenu un August capable d'aimer et de respecter... Il m'a fallu accepter de redevenir humain ! Je commence tout juste à apprivoiser cette nouvelle attitude, la vie que l'on s'offre.

Je ne peux pas devenir père. Tout s'y oppose. Mon passé surtout, mais aussi ce que je suis aujourd'hui ou ce que j'ai envie d'être : son avocat. Je nous vois ensemble parce qu'il m'est désormais impossible de concevoir mon existence autrement qu'avec elle. Elle seule.

Maintenant, ils sont deux.

" Je ne veux pas te perdre. "

Dis-je une deuxième fois en m'approchant presque méfiant. Prudent. Si je veux éviter de nous distancer, je ne dois pas m'opposer à elle. Les choix devraient lui revenir, la décision devrait lui appartenir ;
Mais nous savons l'un comme l'autre que le moindre désaccord serait fatal.
Alors, discutons ?

Levant les yeux au ciel pour faire disparaitre toute trace de larmes, je lui tends la main et caresse ses doigts, tremblant. Prise de conscience, appréhension. Et si nous étions sur la fin ? Si le vertige ressenti correspondait bien à une chute ? Je ne veux pas la perdre ;

" ...Comment on va faire ? Le peu de temps libre que nous avons c'est, le nôtre. "

Possessivité, jalousie, amertume. Ma mâchoire se contracte et je lutte contre ces sensations négatives. Injustes, mais si fortes.

" J'ai envie de te promettre que ça ira. On en a vu d'autres... mais, y'a pas eu pire. "

Un sourire acide traverse mon visage et je récupère son regard, cherchant un rien d'assurance pour l'apaiser. A défaut de pouvoir la consoler.

" Je peux pas être père. "

Un constat clair, sûr, incurable.

Père.
Ce mot me panique. Les vieilles blessures se rappellent à moi. J'inspire lentement et repousse l'image du père que je ne saurai être, qui ressemble tant à celui que j'ai eu ;
Puis je vois Sacha.
Je l'apprécie cette gamine. Je l'aime peut être. Je prends de ses nouvelles sans avoir besoin de me le faire rappeler par ma secrétaire - pas à chaque fois. Elle est grande, indépendante, largement assez dégourdie. Aucune responsabilité. Sa sécurité, ses idées, ses choix : ça lui appartient. Sa mère s'en charge, elle s'en est toujours chargée et c'est le mieux ;

Mais cette fois, je suis aux premières loges. Tout est à faire. J'ai tout à découvrir, tout à apprendre, tout à endurer.
Quand je suis né, l'équilibre des Lockhart s'est fêlé. En quelques années tout a été brisé. Leur souffrance, la mienne. Ce soir je me sens aussi meurtri que cet enfant faible que j'étais. Un fardeau, une contrainte.
Horreur, épuisement, cruauté, injustice.
Je les ai détruit, ils m'ont anéantis. Je ne dois ma réalité qu'à mes vices.

Et Erika.

Les émotions néfastes qui m'habitent sont aussi grandes que l'amour que je lui porte. Comme si leur poids était proportionnel à celui de mes sentiments.
Et je l'aime trop.

" ...Faut que je sorte. "

Ces mots n'ont aucun sens, si ce n'est une preuve de plus de mon égoïsme. Mais j'ai plaqué ma paume sur mon torse et je réalise qu'effectivement : j'étouffe.
Retournant vers mes affaires, j'attrape blouson et clés de voiture avec une sensation de libération proche, de soulagement quasiment accessible ;
Un leurre, j'en ai bien conscience, mais pour mieux voir il faut parfois des distances...

" Je t'aime. "

La porte se referme dans mon dos et j'emprunte un chemin incertain pour semer ma lâcheté.


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MessageSujet: Re: Nothin' stays the same, oh but everyones to blame ▬ August   Dim 31 Juil - 22:13

Elle vit les épaules se tendre à sa question et laissa l’avocat absorber le sens de ses propos. Elle n’était pas certaine elle-même de saisir l’étendue de sa question. Ce soir, elle sentait que chaque mot prononcé était comme un nouvel œuf sur lequel ils devaient s’aventurer à marcher. Le moindre faux-pas leur serait fatal. Et Erika, dans son tout premier véritable acte de lâcheté, laissait le choix à l’avocat de décider le premier. Elle avait esquissé une vague direction à ses propos voyant le désastre approcher mais sa position était aussi incertaine que son envie de garder cet enfant. C’était probablement la première fois qu’elle s’en remettait à l’avocat de façon aussi soudaine et brutale alors qu’il s’agissait de son propre corps. Mais elle était incapable de décider.

J'veux pas te perdre. » fit-il en se retournant finalement vers elle.

August lui faisant à présent face malgré la distance les séparant, Erika laissa son regard plonger dans le sien et s’y accrocher. Elle non plus ne voulait pas le perdre. Pas après ce qu’ils s’étaient esquintés à construire ensemble. Ils avaient surmonté trop de difficultés, s’étaient blessés sur de trop nombreux obstacles pour accepter aujourd’hui de se perdre si facilement. L’avocat s’était taillé une place au sein de la glace qui entourait sa personnalité depuis toujours, elle ne voulait pas l’en chasser ni le voir disparaître. Surtout pas quand un troisième être semblait vouloir s’immiscer entre eux. Il tenta de la rassurer.

J'ai envie de te promettre que ça ira. On en a vu d'autres... mais, y'a pas eu pire. »

Un sourire pâle étira leurs lèvres. Rire leur était impossible et sourire se révélait douloureux, la réalité était trop présente. L’angoisse, trop réelle. Aucun des deux ne semblait prêt à prononcer les mots qui les libéreraient de cette torpeur, sans doute figés à l’idée de n’avoir pas la même opinion que l’autre. C’était en tout cas le cas d’Erika. Si elle ne parvenait pas à trouver ce qui lui convenait le mieux, elle était certaine d’être incapable de choisir ce qui l’éloignerait de l’avocat. Mais comment savoir ce que lui désirait ? Son regard était aussi impénétrable que le sien, ses pensées au moins autant confuses. L’une d’elle se distingua pourtant, il la lâcha tel un constat. Froid et irrévocable.

Je peux pas être père. »

La phrase atteignit Erika sans douceur.
Sans qu’elle comprenne réellement pourquoi, son corps se figea et son cœur se glaça dans sa poitrine. Elle observa l’avocat sans ciller, sans parvenir à bouger le moindre muscle. Elle resta assise dans l’escalier à le regarder tandis que ses pensées fuyaient de toute part de son esprit, remplacées par un sentiment qu’elle peinait encore à analyser. La solution leur apparaissait à présent qu’il avait parlé, pour autant… quelque chose n’allait pas. Elle le regardait et quelque chose au fond d’elle remuait. Quelque chose n’allait pas. Elle fronça brièvement les sourcils, agacée de ne pas comprendre quoi.

▬  ...Faut que je sorte. » lâcha finalement l’avocat.
Maintenant ? »

Elle le fixa, décontenancée par son soudain besoin d’air. Se relevant des escaliers comme tirée par un sentiment interne d’angoisse, elle fit quelques pas pour le rejoindre.

August, attends. »
Je t'aime. » eut-il pour toute réponse.

La porte se referma entre eux. Erika resta plantée là, troublée par son attitude, incertaine de comprendre ce qu’il venait de se passer. August venait de partir alors que rien dans la conversation n’indiquait que l’histoire était close. Il avait fourni des éléments de réponse, certes, mais pourquoi partir alors ? Avait-elle donné un seul élément qui laissait penser qu’elle était prête elle à être mère ? Avait-elle la tête de celles qui sautent de joie en apprenant leur grossesse ? Qu’est-ce qu’il allait s’imaginer, que c’était un tant soit peu moins dévastateur pour elle ?! Frustrée par le départ précipité de l’avocat et agacée de n’avoir pas su le retenir assez vite, elle se dirigea vers la porte pour l’ouvrir et jeter un œil dans le couloir. Personne. Soupirant, elle referma la porte en la claquant et se dirigea vers la cuisine, le visage à présent contracté par la contrariété. August allait revenir, là n’était pas la question mais il ne lui avait même pas laissé le temps de parler après avoir annoncé qu’il ne pouvait pas être père. Son silence avait-il été interprété comme la position adverse ? Elle ne s’était jamais montrée aussi peu tranchée dans ses choix, c’est vrai, mais la situation était exceptionnelle non ?
Les mains accrochées au comptoir, Erika s’appuya sur ses bras tendus, laissant tomber son menton sur sa poitrine pour tâcher de respirer calmement. Quel merdier. Elle avait beau être persuadée que l’avocat n’était que sorti prendre l’air et qu’il allait revenir, une chose remuait plus vivement au fond d’elle. Comme une alarme dont l’écho retentissait de plus en plus fort. Mais comme tout à l’heure, elle était incapable de comprendre le sens de cette alarme. Et le fait de le voir fuir, ne serait-ce que pour une heure ou deux, la rendait folle de colère. Ils étaient deux dans cette merde, deux, pas un plus une. Imaginait-il que c’était plus facile pour elle ? Qu’elle n’avait pas eu l’idée de fuir dès la première seconde où elle avait su ? Egoïste. Imbécile. Elle lui ferait regretter de l’avoir plantée là. Il n’était pas le seul à être mort de peur face au gouffre qui les engloutissait.

Décidée à l’attendre, Erika abandonna la cuisine pour rejoindre le salon. Se saisissant de son téléphone, elle composa le numéro de l’avocat et tomba immédiatement sur sa messagerie. Enervée, elle ne laissa aucun message et jeta son téléphone sur le canapé. Elle envisagea un instant de partir à sa recherche tant l’idée de rester là à l’attendre comme une femme au foyer transie l’agaçait prodigieusement mais elle se rendit rapidement compte de la stupidité de cette idée ; elle ne savait pas où le chercher. Soupirant à nouveau, elle chercha quelque chose pour occuper sa tête et ses mains mais ne trouva rien. Elle était bornée à devoir subir cette tension jusqu’au retour de l’avocat. Une fois rentré, elle lui ferait comprendre de quel bois elle se chauffait quand on la laissait tomber comme il venait de le faire. C’était une erreur qu’il n’aurait plus le droit de commettre ensuite. Une fois qu’ils auraient réglé le problème, pris rendez-vous dans la première clinique disponible et fait disparaître ce problème. Leur vie devait reprendre son cours. Au plus vite.

* * *

Une heure passa. Puis une autre. L’avocat ne se montrait pas. Erika attendit ainsi jusqu’au lendemain. Surprise par le réveil activé sur son téléphone, elle se rendit compte qu’elle s’était endormie. Elle se dépêtra du plaid dans lequel elle s’était enroulée hier soir la tête encore embrumée de sommeil et l’esprit loin des souvenirs de la veille. La soirée lui revint en tête cependant assez rapidement. Elle réalisa en montant prendre une douche que les draps n’étaient pas défaits. Son téléphone ne comportait aucun message, aucun appel de lui. Morose et ne sachant quoi penser, Erika songea que l’avocat avait simplement découché trop loin pour rentrer chez eux après. Ils se reverraient probablement ce soir s’il ne lui envoyait pas un message dans la journée pour s’excuser de son attitude. Il n’y avait pas lieu de s’inquiéter. L’alarme qui la taraudait tant hier soir ne sonnait plus, encore endormie ou probablement parce qu’il n’y avait pas lieu de s’en faire autant. Petit déjeunant sur le pouce, Erika emporta veste, clé et casque de moto. Elle prendrait son café sur la route.

En chemin, elle se remémora les différents épisodes de la soirée. L’idée d’être enceinte lui paraissait encore plus irréel que lorsqu’elle l’avait annoncé hier soir. A croire qu’elle avait tout simplement rêvé. Ce n’est qu’arrivée au poste de police lorsqu’elle tenta à nouveau de joindre August et tomba immédiatement sur sa messagerie que le pressentiment revint sonner au fond d’elle. Elle laissa cette fois un message disant qu’ils devaient discuter et pas par l’intermédiaire d’une boîte vocale, elle lui proposa de déjeuner ensemble et abrégea le message en voyant approcher Cillian. Il l’accueillit comme si de rien et elle fit de même jusqu’à la fin de la journée, se concentrant sur leur travail plutôt que sur ses problèmes persos.

L’avocat ne la rejoignit pas au déjeuner. Ne la contacta pas de toute la journée. Erika rentra sans savoir ce qui l’attendrait. Et retrouva le même appartement vide qu’elle avait laissé le matin.
Alors lentement la lumière se fit dans son esprit. Elle n’avait pas besoin qu’il le lui dise. Elle n’avait pas besoin qu’il le lui écrive. Cette fois, nul besoin de post-it collé sur la table de la cuisine. Elle était assez grande pour comprendre que l’avocat était parti.
C’était terminé.

Elle ne ressentit rien sur le coup. Attrapant froidement la première valise qui lui tomba sous la main, elle récupéra ses affaires. Fit une deuxième valise et les posa toutes deux dans l’entrée. Elle observa une dernière fois l’appartement et referma la porte avec la même absence d’émotion. Ce n’est que sur la route, dans le taxi qui la menait jusqu’à son ancien appartement qu’elle s’étonna de ne rien ressentir. Elle était comme.. vide. Elle arriva devant son ancien chez-elle, remercia le chauffeur lorsqu’il l’aida à monter ses valises et referma la porte derrière lui. Elle se retourna alors et ne vit rien. Rien de neuf, rien de changé. Comme si elle n’était jamais partie. Comme si rien n’avait changé. Elle en ressentit une sorte d’amertume. Parce que si rien n’avait bougé ici. Elle, avait changé.

Elle était enceinte.
L’avocat était parti en l’apprenant.
Elle se retrouvait exactement dans la situation qu’elle avait toujours cherché à éviter avec lui, la situation dans laquelle il avait mise tant de femmes avant elle. Elle s’était crue plus maligne. Elle s’était crue différente.
Elle l’avait cru différent.
Maintenant elle payait le prix de ses illusions, de son arrogance.. de sa fierté.

Tout ce qu'elle ressentait était de la colère.



- Fini pour moi :snif:  -



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Nothin' stays the same, oh but everyones to blame ▬ August

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